La Liberté

Trop peu armés face au djihad

Au Burkina Faso, des soldats se mutinent pour demander le départ des chefs de l’armée

Soldats révoltés manifestant leur ras-le-bol face aux moyens jugés insuffisants dans la lutte contre les djihadistes. © Keystone
Soldats révoltés manifestant leur ras-le-bol face aux moyens jugés insuffisants dans la lutte contre les djihadistes. © Keystone
Publié le 24.01.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Ouagadougou » Des soldats se sont mutinés hier dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des «moyens plus adaptés» à la lutte contre les djihadistes qui frappent ce pays depuis 2015. Ces mouvements d’humeur dans les casernes du Burkina, pays qui a connu par le passé plusieurs coups d’Etat et tentatives de putsch, illustrent la fragilité du pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré face aux violences djihadistes qui s’accroissent dans son pays et qu’il n’arrive pas à contrer.

Le gouvernement a rapidement réagi en reconnaissant des tirs dans plusieurs casernes, mais a démenti «une prise de pouvoir par l’armée».

Tirs entendus

Depuis 1 h (2 h en Suisse), des tirs ont été entendus à Gounghin provenant du camp Sangoulé Lamizana, ainsi que dans d’autres camps militaires dont la base aérienne proche de l’aéroport, selon des sources militaires et des habitants.

Hier après-midi, une quarantaine de soldats se trouvant à l’extérieur d’une caserne, tiraient en l’air près de plusieurs centaines de personnes en liesse portant des drapeaux du Burkina et soufflant dans des vuvuzelas, venues leur apporter leur soutien, a constaté un journaliste de l’AFP. «Nous voulons des moyens adaptés à la lutte» antidjihadiste «et des effectifs importants», ainsi que le «remplacement» des plus haut gradés de l’armée nationale, indique dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat.

Discussions en cours

Il a en outre souhaité «une meilleure prise en charge des blessés» lors des attaques et des combats contre les djihadistes, ainsi que «des familles des défunts». A aucun moment ce militaire n’a réclamé le départ du président burkinabé Roch Christian Kaboré, accusé par une grande partie de la population d’être «incapable» de contrer les groupes djihadistes.

Ces revendications ont été confirmées par d’autres sources militaires et des discussions étaient en cours hier après-midi entre des représentants des mutins et le ministre de la Défense, le général Barthélémy Simporé, selon une source gouvernementale.

Dans la matinée, une centaine de personnes qui tentaient de se rassembler place de la Nation, en plein centre de Ouagadougou, pour exprimer leur soutien au mouvement des soldats, ont été dispersées à coups de gaz lacrymogène par les policiers, a constaté l’AFP.

Siège du parti incendié

Plus tard dans la journée, des partisans des militaires mutins ont incendié le siège du parti au pouvoir dans la capitale avant d’être dispersés par la police, selon l’AFP qui a également constaté que l’internet mobile a été coupé hier dans la matinée.Le camp Sangoulé Lamizana abrite la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca) où est détenu le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 qui vit depuis en Côte d’Ivoire.

Le général Diendéré a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara, icône panafricaine, en 1987. «Aucune institution de la République n’a pour le moment été inquiétée», a affirmé le général Barthélémy Simporé, dans une intervention à la télévision. Il a ajouté que les mouvements observés «dans quelques casernes» sont «localisés, circonscrits».

Manifestations de colère

Ces mouvements dans des casernes surviennent au lendemain de nouvelles manifestations de colère d’habitants excédés par l’impuissance des autorités à faire face à la violence djihadiste qui ravage le Burkina Faso. Comme le Mali et le Niger voisins, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes, affiliés à al-Qaïda et au groupe Etat islamique. En sept ans, les attaques djihadistes ont fait plus de 2000 morts. ATS

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